La qualification IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique) certifie une entreprise à installer des bornes de recharge fixes. Elle est obligatoire dès qu’une borne dépasse 3,7 kW, sous peine de refus Consuel et de perte des aides Advenir. Trois niveaux existent — P1, P2, P3 — chacun encadre un type d’installation précis. Cette qualification concerne l’installation fixe côté bâtiment : elle ne se confond ni avec l’habilitation NF C 18-510 (opérations sur installation électrique), ni avec l’habilitation NF C 18-550 (opérations sur véhicule électrique).
Ce qu’est la qualification IRVE
La qualification IRVE est délivrée à une entreprise — pas à un salarié — par un organisme accrédité : Qualifelec (le plus connu), AFNOR Certification, Qualit’EnR ou OPQBI. Elle atteste que la société dispose des compétences techniques, du personnel formé et de l’organisation pour installer et raccorder des bornes de recharge conformément à la réglementation.
Elle est valable 4 ans, avec un suivi documentaire annuel de l’organisme qualifieur. Passé ce délai, l’entreprise doit renouveler la formation de son personnel et remettre à jour ses références d’installation pour rester qualifiée.
Cette qualification est nationale, reconnue dans toute la France, et conditionne l’accès aux aides Advenir — le principal levier de financement des bornes en résidentiel collectif, tertiaire et parkings publics.
Les trois niveaux : P1, P2, P3
Les indices correspondent à la puissance et à la complexité des bornes que l’installateur est habilité à poser. Chaque indice se prépare par une formation dédiée dispensée par un centre agréé.
| Indice | Formation | Périmètre technique | Puissance / courant | Usage cible |
|---|---|---|---|---|
| IRVE 1 | P1 | Borne AC simple, sans supervision | ≤ 36 kVA en AC | Maison individuelle, TPE, résidentiel simple |
| IRVE 2 | P2 | Borne AC communicante, supervision, gestion de charge | > 36 kVA en AC ou pilotage multi-points | Copropriétés, tertiaire, parkings collectifs |
| IRVE 3 | P3 | Borne DC haute puissance | Charge rapide DC (> 22 kW jusqu’à ultra) | Stations autoroute, flottes VE, hubs logistiques |
Un installateur P2 couvre techniquement le périmètre de P1. En revanche, un installateur P3 ne couvre pas automatiquement P1 et P2 : chaque niveau est un référentiel distinct. Les trois indices existent en version Probatoire (obtenue après formation, avant premières références vérifiées) puis en version Confirmée (une fois les premières installations vérifiées par l’organisme qualifieur).

Ne pas confondre : IRVE, NF C 18-510, NF C 18-550
Trois cadres coexistent sur le sujet des véhicules électriques et de leur recharge. Ils se ressemblent dans le vocabulaire, mais couvrent trois périmètres distincts.
- Qualification IRVE (Qualifelec P1/P2/P3) — Certifie l’entreprise pour installer une borne fixe côté bâtiment. C’est la seule des trois qui vise la société, pas le salarié.
- Habilitation NF C 18-510 (BR, BC, B2V…) — Vise le salarié qui intervient sur l’installation électrique fixe (tableau, câblage, borne murale). C’est l’obligation Code du travail R.4544-9 classique de tout électricien.
- Habilitation NF C 18-550 (B0L, B1VL, B2VL, BRL, BCL) — Vise le salarié qui intervient sur le véhicule lui-même : batterie de traction, chaîne de puissance, service plug. Elle n’est pas requise pour poser une borne.
Concrètement, une entreprise qui installe des wallbox pour un client tertiaire doit être qualifiée IRVE (P1 ou P2 selon la puissance), et ses techniciens doivent être habilités NF C 18-510 (BR + BC typiquement) pour raccorder au tableau. Aucune habilitation 18-550 n’est requise, tant qu’on ne manipule pas le véhicule au-delà du branchement client.
Le cadre réglementaire
L’obligation de qualification remonte au décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017, qui transpose la directive européenne 2014/94/UE sur les carburants alternatifs. Ce texte pose le principe : au-delà d’un certain seuil de puissance, l’installation d’une IRVE relève d’un professionnel qualifié.
Deux textes structurants sont venus le compléter :
- Décret n° 2020-1696 du 23 décembre 2020 — fixe les caractéristiques minimales des dispositifs d’alimentation et de sécurité (protection différentielle, verrouillage, signalisation).
- Décret n° 2021-546 du 4 mai 2021 — introduit les niveaux de qualification et l’obligation de maintenance.
Le socle actuel des qualifications repose sur l’arrêté du 27 octobre 2021, entré en vigueur le 1er juillet 2022. Il définit trois référentiels : installation (article 1), maintenance (article 2), études de conception (article 3). L’arrêté du 30 juin 2024 l’a modifié : il remplace l’exigence d’accréditation COFRAC par un agrément ministériel pour les organismes qualifieurs, et renvoie désormais à l’article D.353-2 du Code de l’énergie.
Depuis le 1er septembre 2025, la norme technique NF C 15-100-7-722 est la seule référence applicable aux installations IRVE en bâtiment : circuit dédié par point de recharge, protection différentielle 30 mA par borne, dimensionnement du câble selon la puissance et la longueur, coordination des protections. Elle remplace toutes les anciennes recommandations sectorielles.
L’obligation dès 3,7 kW
Le seuil réglementaire est simple : dès qu’une borne dépasse 3,7 kW, elle doit être installée par un professionnel qualifié IRVE. En résidentiel individuel, une prise renforcée classique jusqu’à 3,7 kW échappe à l’obligation. Toute wallbox 7,4 kW, 11 kW, 22 kW en relève en revanche automatiquement, y compris chez un particulier.
Poser une borne sans qualification IRVE au-delà de 3,7 kW entraîne trois conséquences directes :
- Refus de l’attestation Consuel, obligatoire dès 36 kW ou en immeuble collectif quelle que soit la puissance.
- Exclusion des aides Advenir, qui exigent explicitement la qualification IRVE de l’installateur.
- Engagement de la responsabilité civile de l’installateur et de l’assureur en cas de sinistre — les garanties standard couvrent mal une installation posée hors référentiel obligatoire.
Conseil de Jérôme, 4F Formation — Attention à l’ordre des choses. On voit souvent des électriciens indépendants qui veulent se lancer sur la borne : ils passent le P1, ils achètent le matériel, et ils oublient que leur personnel doit d’abord être habilité électriquement NF C 18-510. La qualification IRVE ne remplace pas l’habilitation BR ou BC — elle s’y ajoute. Pensez d’abord à sécuriser le socle habilitation avant de viser le référentiel Qualifelec.
Ce qu’exige la formation P1, P2, P3
Le référentiel Qualifelec impose une formation dispensée par un centre agréé (APAVE, Bureau Veritas, Formapelec, Circet Academy, Apricom, ATSI, entre autres). La formation combine théorie et pratique. Depuis la mise à jour du référentiel de mai 2026, 25 % de l’évaluation porte sur des compétences pratiques : l’installateur doit démontrer qu’il sait poser, câbler, tester une borne — pas seulement en parler.
Le référentiel P1 intègre également le smart-charging — la gestion dynamique de la charge — pour anticiper la généralisation des bornes communicantes en résidentiel.
Côté entreprise, l’organisme qualifieur exige plusieurs pièces avant de délivrer la qualification : SIRET actif, attestation d’assurance décennale à jour, matériel de mesure adapté, et au moins une référence d’installation pour passer du statut Probatoire au statut Confirmée.
Côté personnel, la qualification exige un salarié formé et titulaire d’une habilitation électrique NF C 18-510 en cours de validité. La combinaison classique attendue pour intervenir sur le tableau et raccorder la borne sous tension est BR (chargé d’intervention générale) + BC (chargé de consignation), complétée si besoin par B2V pour des travaux en présence de tension. Qualifelec ne publie pas la liste précise de ces prérequis dans son référentiel public — c’est la lecture métier standard côté organismes de formation.
Recyclage : la qualification n’est pas acquise à vie
La qualification IRVE est délivrée pour 4 ans. À l’échéance, l’entreprise doit refaire former son personnel et remettre à jour ses références d’installation pour renouveler son droit d’exercice.
Entre deux, un suivi documentaire annuel est réalisé par l’organisme qualifieur : contrôle de l’attestation d’assurance, des justificatifs de personnel formé, de la mise à jour éventuelle du référentiel. Une entreprise qui laisse expirer un document en cours de validité peut voir sa qualification suspendue avant l’échéance des 4 ans.
Le recyclage peut également être anticipé en cas de changement structurel : arrivée de nouveaux techniciens, modification de l’activité, ou évolution du référentiel Qualifelec (dernière mise à jour : mai 2026).
En parallèle, l’habilitation électrique NF C 18-510 du personnel doit être recyclée tous les 3 ans, indépendamment du calendrier IRVE. Les deux calendriers cohabitent — il faut suivre les deux.
Pièges fréquents et idées reçues
- « L’habilitation B1V ou B2V suffit pour installer une borne. » — Faux. L’habilitation NF C 18-510 est nécessaire côté salarié, mais l’entreprise doit être qualifiée IRVE dès 3,7 kW. Les deux exigences se cumulent.
- « La qualification IRVE couvre l’intervention sur le véhicule. » — Faux. La qualification IRVE porte sur l’installation fixe (la borne côté bâtiment). Pour intervenir sur le véhicule (batterie, chaîne de puissance), il faut une habilitation NF C 18-550 avec suffixe L (B1VL, B2VL, BRL, BCL).
- « P1 couvre toutes les bornes AC. » — Nuancé. P1 couvre les bornes AC simples jusqu’à 36 kVA. Dès qu’une borne AC est communicante avec supervision ou dépasse 36 kVA, il faut le référentiel P2.
- « Un particulier peut installer sa borne 7 kW lui-même. » — Faux. Toute borne au-delà de 3,7 kW relève d’un installateur qualifié IRVE.
- « La NF C 15-100 classique suffit, pas besoin de la section 7-722. » — Faux depuis le 1er septembre 2025. La NF C 15-100-7-722 est la seule référence applicable pour les IRVE.
- « La qualification IRVE est valable à vie. » — Faux. Elle est délivrée pour 4 ans avec suivi annuel, et suppose un renouvellement complet à échéance.
- « Seul Qualifelec délivre la qualification IRVE. » — Nuancé. Qualifelec est le plus connu, mais AFNOR Certification, Qualit’EnR et OPQBI délivrent des qualifications équivalentes reconnues par Advenir.
À retenir
- La qualification IRVE certifie une entreprise, pas un salarié. Elle est obligatoire dès qu’une borne dépasse 3,7 kW.
- Trois niveaux : P1 (AC simple ≤ 36 kVA), P2 (AC communicante ou > 36 kVA), P3 (DC haute puissance). Chaque niveau exige sa formation propre.
- Qualification valable 4 ans, suivi annuel, renouvellement complet à échéance.
- Ne pas confondre : Qualifelec IRVE = entreprise, NF C 18-510 = habilitation salarié installation fixe, NF C 18-550 = habilitation salarié opération sur véhicule.
- Cadre réglementaire : décret 2017-26, arrêté 27 octobre 2021 modifié par l’arrêté 30 juin 2024, norme technique NF C 15-100-7-722 obligatoire depuis le 1er septembre 2025.
- Sans qualification IRVE au-delà de 3,7 kW : refus Consuel, exclusion Advenir, responsabilité civile engagée.
Sources et lectures complémentaires
- Qualifelec — Qualification IRVE (référentiel) — https://pros.qualifelec.fr/qualification/infrastructures-recharge-vehicules-electriques-irve
- Qualifelec — Formations IRVE agréées — https://pros.qualifelec.fr/page/formations-irve-agreees
- Qualifelec — Bornes de recharge (particuliers) — https://www.qualifelec.fr/particulier/bornes-de-recharge-de-vehicules-electriques/
- Légifrance — Décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017 — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000033860620
- Légifrance — Arrêté du 27 octobre 2021 (qualifications IRVE) — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044287258
- Légifrance — Arrêté du 30 juin 2024 (modification 27 octobre 2021) — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049849599
- Légifrance — Article 23 décret 2017-26 (attestation Consuel 36 kW) — https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000043476431
- Avere-France — Référentiels IRVE — https://www.avere-france.org/referentiels-irve/
- Promotelec — Qualifications IRVE pour intervenir — https://www.promotelec.com/professionnels/fiche/installation-irve-quelles-qualifications-devez-vous-obtenir-pour-intervenir/